30 ans de saga maritime

Un des grands moments de la Semaine du golfe 2011 se passera à l'Ile-aux-Moines le 1er juin. Tous les bateaux construits ou restaurés par le Chantier du Guip sont invités à se rassembler ce jour-là. 30 ans de charpente de marine, ça se fête!

Cette petite anse à l'est de l'Ile-aux-Moines, face à l'île d'Arz, est désormais célèbre depuis qu'elle a donné son nom à un chantier naval aujourd'hui étroitement associé au patrimoine maritime. De ces ateliers sont sortis, tout neufs ou restaurés, une centaine de bateaux qui ont redonné de l'orgueil à une marine laissée en pourrissement sur les grèves. Le Chantier du Guip a 30 ans. Il a été créé en 1976 par Francis Duwez et repris en 1981 par Yann Mauffret et Alex Abarrategui. En 1984, arrive un charpentier qui travaillait dans le Nord, sa région natale, mais sur des moulins. «J'avais reçu la visite d'une équipe du Chasse-marée qui m'avait conseillé de venir voir ces deux charpentiers de l'Ile-aux-Moines. C'est comme cela que je me suis associé à Yann et Alex et ce furent deux excellents maîtres», raconte Paul Bonnel. La marine et la meunerie réunies dans le même savoir-faire vont permettre à des bateaux du patrimoine de revoir le jour à l'Ile-aux-Moines dans leur vraie version, tout en bois. A commencer par un sinago qui a pour nom «Ma préférée», reconstruit par Francis Duwez tel que fut le «Nicolas-Benoît». Ensuite «Babar», sloop sardinier, aujourd'hui de retour au bercail pour réparation.

Sauvé par le patrimoine

«Mais le gros du travail, c'était de faire des bateaux de pêche de moins de 10 tonneaux. On faisait du sur-mesure», relate Paul Bonnel. Le «Popeye», qui a son port d'attache à Saint-Jacques (Sarzeau) est de cette époque. Son patron, Patrick Lallemand, «ne changerait rien si c'était à refaire». En 1985, le chantier de l'Ile-aux-Moines s'attaque à un nouveau sinago, le «Mab er Guip» (Fils du Guip en français), et réplique du «Vainqueur des Jaloux». Mais arrive le plan Mellick et sa cure d'amaigrissement pour la flotte de pêche. «On discutait à ce moment-là de la construction de trois bateaux. Ç'a été la crise», se souvient Paul Bonnel. Le concours des Bateaux de côte de France lancé par la revue «Le Chasse-marée» avec le soutien en Bretagne du conseil régional et des conseils généraux fait alors office de bouée de sauvetage. Le Chantier du Guip reçoit une grosse commande, la «Belle Angèle» de Pont Aven, construit le «Grand Norven», sloop sardinier de Piriac-sur-Mer, puis les sinagos «Jean et Jeanne» et «Crialeis».

De la goélette à la coque de noix

Entre-temps, une annexe voit le jour à Brest pour un très gros marché: la construction de la goélette «La Recouvrance». «On a taillé à l'Ile-aux-Moines 90 tonnes de chêne pour en faire les membrures», raconte Paul Bonnel. C'est l'époque où le Chantier du Guip voit s'ouvrir un autre marché: la belle plaisance avec de superbes unités que des propriétaires passionnés veulent faire restaurer, comme le 12mètres «J Wings». Puis commence une autre aventure avec la saga des «guépards» (lire ci-dessous). De la restauration lourde (le «Joli-Vent») à la fabrication de coques de noix (voile-avirons), en passant par les yoles (deux actuellement en cours pour la Guinée équatoriale), le Chantier du Guip est devenu une référence dans la charpente de marine. Au fil du temps, il s'est mué aussi en PME avec huit salariés à l'Ile-aux-Moines, quatre à Lorient (sur le thonier «Biche») et seize à Brest. Les bateaux en bois ont encore de beaux jours devant eux.



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